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Nanomatériaux à bord de la navette spatiale
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Pouvez-vous vous imaginer travaillant avec des matériaux
n'ayant que quelques nanomètres de longueur et capables de trier
différents types de molécules ? C'est ce que font le
professeur Geoffrey Ozin et l'étudiante au doctorat
Carol Bowes, dans leur laboratoire de l'Université de
Toronto. Ils utilisent en effet une nouvelle catégorie de
matériaux appelés « semi-conducteurs nanoporeux »
Ces nanomatériaux sont importants parce que leurs propriétés
optiques et électroniques peuvent être modifiées par
l'absorption de gaz.
Les nanomatériaux, des sulfures métalliques de germanium et
d'étain, sont des semi-conducteurs qui contiennent des pores
alignés de façon régulière et dont la taille varie de
3 à 20 angströms
(1 angström = 1 x 10-10 m). La
taille de ces pores peut être modifiée à volonté ! Les
différentes tailles de pores dans les semi-conducteurs
permettront de différencier électroniquement les molécules,
étant donné que seules certaines d'entre elles pourront passer
dans chaque pore. Il devient donc possible de détecter les
différentes molécules d'un gaz et d'en calculer la quantité
selon leur comportement à l'adsorption, selon leur taille et
selon leur forme.
Ces types de semi-conducteurs, également appelés
chalcogénures, sont, en fait, des cristaux autoassemblés,
c'est-à-dire qui se sont formés d'eux-mêmes. Toutefois, la
formation et la croissance des cristaux n'ont pas toujours été
parfaites. Dans les conditions normales, les cristaux sont
souvent petits et comportent des imperfections causées par des
effets gravitationnels comme les dépôts de sédiments et la
convection de chaleur. Afin de trouver de meilleures conditions
de croissance pour ces cristaux, le professeur Ozin a
travaillé conjointement avec l'Agence spatiale canadienne et
COM DEV Atlantic, du Nouveau-Brunswick, pour
déterminer s'il n'était pas possible d'en faire croître de
plus parfaits en état de gravité presque nulle (microgravité).
Un système automatisé a donc été mis au point pour mener
et observer 38 expériences de croissance de cristaux. Le
projet, appelé « NANOGAS », a été activé par
l'astronaute canadien Marc Garneau à bord de la navette
spatiale de la NASA, en mai 1996. On a prédit que les
cristaux seraient plus gros et que leur forme serait plus
parfaite s'ils croissaient dans un environnement de
microgravité. Cette expérience est la première au cours de
laquelle on a simultanément synthétisé et fait croître des
cristaux dans l'espace. Une fois ramenés de l'espace, ils ont
été comparés aux cristaux que l'on a fait croire sur Terre en
ayant recours à la même procédure.
Les travaux effectués par MM. Ozin et Bowes, et
deux boursiers postdoctoraux, David Young et Andy
Holmes, portaient également sur la caractérisation et la
synthèse du sulfure stanneux et du sulfure de germanium.
M. Bowes s'est concentré sur la caractérisation et la
compréhension du sulfure stanneux (SnS-1). D'autres membres du
groupe travaillent sur d'autres chalcogénures de l'étain
contenant du soufre ou du sélénium, ainsi que de nouveaux
chalcogénures de germanium. Les recherches actuelles du groupe
de M. Ozin portent sur la synthèse des couches minces, les
chalcogénures mésoporeux et la synthèse de nouvelles
structures.
Il faut espérer que, grâce aux recherches sur les nouveaux
semi-conducteurs et le perfectionnement de la croissance des
cristaux, il deviendra possible d'utiliser ces nouveaux
matériaux. La taille variable des pores des cristaux permettra
d'utiliser ces semi-conducteurs à de nombreuses fins, l'une des
plus évidentes étant la détection et la quantification des
molécules. Ils pourront servir aussi de détecteurs pour
l'analyse de la qualité de l'air et de la fraîcheur des
aliments, la recherche de substances illégales ou même
l'évaluation de la pureté chimique des gaz. En d'autres termes,
ils serviront de « nez » électroniques capables de
« renifler » tous les types de molécules !
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