La chimie à la défense des végétaux
La
réalisation dont Mme Soledade C. Pedras est la plus fière, c’est
d’avoir pu appliquer sa passion pour la chimie et ses connaissances
dans ce domaine à la biologie végétale (ce qui’on appelle la chimie
bioorganique). Il s’agit en effet d’un mariage inhabituel, mais dont
les retombées pourraient être des plus bénéfiques pour
l’agriculture et contribuer à solutionner les problèmes de famine
dans le monde.
Après
avoir obtenu son doctorat de l’Université de l’Alberta, Mme Pedras a
poursuivi sa carrière àl’Institut de biotechnologie des plantes du
Conseil national de recherches (CNR) à Saskatoon. En 1994, elle s’est
vu offrir un poste de l’Université de la Saskatchewan où elle dirige
une équipe de recherche d’une dizaine d’étudiants diplômés de
rechercheurs associés et d’aides techniciens. La professeure Pedras et
son équipe étudient les réactions de défense moléculaire et
enzymatique des plantes face à l’attaque d’agents pathogènes. Son
but est de découvrir les stratégies chimiques et biologiques employées
par les plantes pour résister à différentes toxines qui se trouvent
dans leur milieu naturel (souvent transmises par des microbes des
insectes ou d’autres bestioles). Une fois bien connues et analysées,
ces stratégies de défense particulières pourront être transmises à
d’autres espèces végétales par le biais de procréation
traditionnelle des plantes (par croisements) ou celle plus moderne du génie
génétique.
Voici
un cas bien concret sur lequel la professeure Pedras se penche présentement.
L’Ouest canadien est connu pour ses nombreuses espèces agricoles, dont
le canola et la moutarde. Malheureusement, ces plantes sont sujettes aux
attaques de micro-organismes pathogènes qui libèrent des phytotoxines.
La destruxin-B est une phytotoxin produite dans les plantes attaquées
par un microbe connu sous le nom d’alternariose à taches noires.
Cependant, un certain type de moutarde blanche, elle aussi attaquée par
les micro-organismes, ne développera pas l’alternariose à taches
noires, car elle a élaboré un mécanisme de défense très efficace. Ce
que Mme Pedras a réussi à découvrir, c’est ce mécanisme de défense
bien particulier.
Pour
y parvenir, elle a dû utiliser des techniques modernes de chimie très
conventionnelles. Premièrement, la chromatographie liquide à haute
performance (CLHP) lui a permis d’analyser la
disparition de destruxine-B
dans les plants de moutarde blanche. Par la suite, elle a isolé le
produit transformé de la destruxine-B, rendu inactif, en recourant à
des méthodes comme la chromatographie rapide sur colonne. L’étape
cruciale a été de déterminer la structure et la composition chimiques
du produit récupéré. Pour y arriver, elle a appliqué les techniques
d’imagerie par résonance magnétique (IRM) et de spectroscopie de
masse à haute résolution. C’est ainsi que Mme Pedras a découvert
qu’une protéine enzymatique transformait la destruxine-B en molécule
inoffensive HO-destruxine-B. En utilisant de nouveau les techniques énumérées,
l’équipe de la professeure Pedras a ensuite réussi à isoler et
caractériser cette enzyme.
Dans
un avenir proche, il sera possible de séquencer cette protéine et de déterminer
le gène qui contient le code responsable de la synthèse de l’enzyme.
Grâce au travail de Mme Pedras et à la collaboration des biologistes
moléculaires, il sera possible
d’utiliser ce gène codant et de l’introduire dans le patrimoine génétique
d’autres espèces de plantes (comme le canola) pour les rendre résistantes
à l’alternariose à taches noires. Par ses recherches et son travail
acharné, la professeure Pedras aura bientôt trouvé une méthode écologique
et non dommageable pour défendre les plantes, afin d’éliminer des
insecticides et des fongicides, tout en
augmentant le rendement des récoltes.
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